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Entretien avec Marie Henry

Publié le 08 Juin 2014

En cette période de tensions économiques, Marie Henry, docteur en pharmacie et enseignante à l'origine de la création de différents diplômes destinés à accompagner les officinaux et à les aider à lever des marges de progression grâce au marketing stratégique et opérationnel, nous livre sa vision de la pharmacie d'officine à l'horizon 2017.

Actualités pharmaceutiques : En quoi consistait l'étude à laquelle vous avez contribué, "La pharmacie d'officine : nouveaux défis, nouvelles opportunités de croissance à l'horizon 2017"?
Marie Henry : Avec Hélène Charrondière, directrice du pôle Pharmacie-Santé des Echos Études, nous avons souhaité réaliser une étude qualitative dans le but d'analyser le potentiel de croissance du réseau officinal et les perspectives de diversification de l'exercice officinal. Cette étude rappelle que le marché des médicaments remboursables, qui reste le coeur d'activité des pharmaciens, est durablement orienté à la baisse • après le recul de plus de 3 % enregistre en 2012, il a à nouveau recule en 2013 (- 2,5 %). La décroissance devrait même s'accentuer dans les années a venir, en raison des mesures a venir dans le cadre du nouveau plan d'économies que vient d'annoncer le gouvernement de Manuel Valls (10 nouveaux milliards sur trois ans pour l'Assurance maladie). L'arrivée de nouvelles spécialités et la dynamique positive des médicaments prescrits à l'hôpital ne permettront pas de compenser l'impact négatif des baisses de prix et la générification croissante du marché officinal. D'autant que le segment de l'automédication devrait rester atone, aucune mesure importante n'étant prévue pour le dynamiser (déremboursement, délistage, campagne grand public) Pour maintenir  l'économie de l'officine a ses niveaux actuels, il est impératif de modifier rapidement la rémunération des pharmaciens sur le medicament remboursable et d'accelerer le déploiement de nouveaux services rémunères associes a la dispensation et a l'accompagnement des patients chroniques

AP : Dans quel état d'esprit avez-vous trouvé les pharmaciens auditionnés ?
MH : Nous pouvions nous attendre a un état d'esprit assez pessimiste du fait du renforcement des contraintes économiques. Or il est a noter que les pharmaciens que nous avons interviewés demeurent résolument optimistes quant a l'avenir de leur profession Bien sûr, ils identifient certaines limites et faiblesses, comme la taille des officines ou leur forte dépendance au marché du médicament remboursable, maîs ils voient également leurs atouts et souhaitent revaloriser leur mode d exercice en s'orientant vers leurs nouvelles missions. Ils ont bien compris la nécessite de conforter leurs competences et leur légitimité, de même que leur place dans les reseaux et les parcours de soins Les orientations prises depuis la loi Hôpital, patients, sante et territoires (HPST) les y encouragent fortement Par ailleurs, les patients conservent leur confiance envers leurs pharmaciens, en dépit des dernieres crises médiatiques et des scandales sanitaires

AP : Quels risques vous semblent réalistes pour l'avenir de la pharmacie d'officine ?
MH : Nous vivons actuellement une période de transition de notre profession avec une mutation comme nous n'en avons certainement jamais connue jusqu'à present Le risque principal me paraît ëtre que certains pharmaciens ne conduisent pas le changement ll serait dramatique de ne pas s'adapter, se préparer et anticiper les virages qui devront être pris a l'horizon 2017.

AP : Comment imaginez-vous révolution du modèle économique de l'officine dans cinq ou dix ans ?
MH : Une rémunération mixte se met actuellement en place, avec un forfait à la boîte et pour les ordonnances complexes, en plus de la rémunération additionnelle sur objectifs de santé publique. Cependant, il va être nécessaire que la profession réorganise son mode d'exercice afin de s'installer dans ces nouvelles modalités L'impact des nouvelles rémunérations va inévitablement dépendre du positionnement "métier" des officines, de la structure de leur chiffre d'affaires, du profil de leur clientele Al'horizon 2017, trois typologies principales d'officines émergeront les pharmacies spécialisées de proximite, les plus représentatives, avec un chiffre d'affaires médian supérieur a 2 millions d'euros, constitué d'environ 80 % de medicaments remboursables, visant essentiellement une clientele âgee et de patients chroniques, les petites pharmacies avec un chiffre d'affaires médian de 1,4 million d'euros, modele qui se raréfiera du fait d'une situation plus fragile et, enfin, les pharmacies "business" ou "drugstores", dotées d'un chiffre d'affaires superieur a 3 millions d'euros, dont la part dévolue aux médicaments remboursables se situera autour de 50 % A l'avenir, pour asseoir la pérennité de leur entreprise, les pharmaciens devront clairement (re)defmir leur modele economique et leure objectifs par une analyse de l'offre en fonction des caractéristiques de leur clientele. Certains travailleront sur des pôles de compétences comme l'acte et le suivi pharmaceutique (commun aux trois typologies mais avec un poids relatif dans leur activité différent selon les officines), le bien-être et la préservation du capital sante (majoritairement pour les pharmacies "business" ou "drugstores") ou le diagnostic, le dépistage, la prévention concernant, par exemple, les patients sous antivitammes K(AVK), asthmatiques, diabétiques, hypertendus, qui seront les axes principaux des pharmacies spécialisées Par ailleurs, le pharmacien va devoir sortir des murs de l'officine, avec la mise en place de la préparation des doses à administrer, le portage des médicaments a domicile, le maintien à domicile, le tout dans un contexte de désertification médicale.

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Article de presse paru dans Actualités Pharmaceutiques en juin 2015 - Auteur : Sébastien Faure